Peuple de France-Revue de presse: « Le nouveau monde est peut-être pire que l'ancien »

jeudi 10 janvier 2019

« Le nouveau monde est peut-être pire que l'ancien »

Vanik Berberian préside l'Association des maires ruraux de France, qui rassemble en ce moment les doléances recueillies dans 5 000 communes.
Vanik Berberian préside l'Association des maires ruraux de France, qui rassemble en ce moment les doléances recueillies dans 5 000 communes.

En attendant le grand débat organisé par la Commission nationale du débat public, les préfets pourront toujours se pencher sur les doléances recueillies par les maires ruraux. Les cahiers de doléances rassemblés par les élus remontent ce moment même vers le ministère de l'Intérieur. En tout, plus de 5 000 mairies ont participé à l'opération, générant des milliers de pages de contributions de tous ordres. Derrière cette initiative aux intonations révolutionnaires, il y a l'Association des maires ruraux de France (AMRF), présidée par Vanik Berberian, maire de Gargilesse-Dampierre dans l'Indre. Si la synthèse finale n'est pas encore achevée, il nous livre les premiers enseignements tirés de ces cahiers. Le document final sera remis au président de la République, au Premier ministre et aux présidents de l'Assemblée nationale et du Sénat. Interview.

Le Point : Vous avez ouvert des cahiers de doléances dans les mairies. Quels enseignements tirez-vous de cette initiative ?

Vanik Berberian : Nous avons eu des retours de la part de plus de 5 000 communes. La situation était suffisamment grave pour que l'ensemble des élus, quelle que soit leur appartenance politique, propose d'ouvrir les mairies. Sans surprise, ce qui vient en tête des préoccupations, c'est la question du pouvoir d'achat. Le second sujet de préoccupation, c'est l'injustice sociale. Aujourd'hui, les Français ne vivent plus sur des standards communs et les écarts sont de plus en plus importants. Augmenter une taxe sur le carburant, c'est peut-être indolore pour un cadre actif, mais c'est insupportable pour un retraité qui perçoit 500 euros mensuel et qui n'a pas d'autre choix que de prendre sa voiture. Les questions d'optimisation fiscale sont aussi perçues comme une injustice fiscale insupportable. Et si tous les ménages ne sont pas imposables, tous considèrent qu'ils participent à l'impôt, notamment en payant la TVA et les charges sociales. Autre source de préoccupation, le constat d'une diminution générale du niveau de vie, y compris dans la classe moyenne supérieure, qui se sent tirée vers le bas. Enfin, la disparition des services publics dans les territoires ruraux cultive un sentiment d'exclusion du commun qui ne passe pas.

Comment expliquez-vous que ces thèmes surgissent au cœur des préoccupations des Français ?

Ce ne sont pas forcément des thèmes nouveaux, mais personne n'a été capable de résorber les fractures territoriales et les fractures sociales pourtant identifiées depuis bien longtemps. Ces fractures s'aggravent, elles sont aujourd'hui béantes et entraînent l'apparition d'un troisième type de fracture, les fractures politiques. Il y a une rupture nette et une défiance grandissante envers les élites et le personnel politique de ce pays. N'oublions pas que les partis classiques qui se succèdent depuis 30 ans ont été balayés sur la promesse de faire de la politique autrement. Un an et demi après, on se rend compte que le nouveau monde n'est pas nouveau et qu'il est même peut-être pire que l'ancien... Avant, il y avait au moins un peu de compassion, même feinte, maintenant, on nous explique qu'on a tort, qu'on aurait mal compris.

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