Revue de presse - Peuple de France: Gilets jaunes : Michel Onfray dénonce la désinformation des médias et le soutien du gouvernement aux casseurs

mardi 27 novembre 2018

Gilets jaunes : Michel Onfray dénonce la désinformation des médias et le soutien du gouvernement aux casseurs

Après la manifestation des Gilets jaunes sur les Champs-Élysées, samedi 24 novembre, les chaînes d'information se sont surtout apesanties sur les violences et les dégradations commises, selon elles, par les Gilets jaunes eux-mêmes ou par l'ultra droite qui aurait infiltré le mouvement. Une façon habile de discréditer la contestation, qui, ne cessait-on de répéter en choeur sur BFM et ailleurs, était en train de s'essouffler.
Après la manifestation des Gilets jaunes sur les Champs-Élysées, samedi 24 novembre, les chaînes d'information se sont surtout apesanties sur les violences et les dégradations commises, selon elles, par les Gilets jaunes eux-mêmes ou par l'ultra droite qui aurait infiltré le mouvement. Une façon habile de discréditer la contestation, qui, ne cessait-on de répéter en choeur sur BFM et ailleurs, était en train de s'essouffler.

Laissons la parole à Michel Onfray, toujours aussi saignant, dans son dernier billet intitulé "Une semaine en jaune"


"Tout à leur entreprise de désinformation, les chaînes qui tournent en boucle leur propagande anti-Gilets jaunes ont commencé la semaine en faisant savoir que, le lundi, la mobilisation avait beaucoup baissé, que les occupations étaient moins nombreuses, etc, etc. Faut-il préciser à ces néo-journalistes que ce petit peuple exprimant sa souffrance ne peut manifester sur la longue durée comme peuvent le faire les fonctionnaires ? Certes les agents de l’Etat perdent de l’argent (quand le syndicat ne négocie pas, c’est parfois dans son plan, un paiement du temps de certains jours de grève…), mais jamais leur travail. Alors que les Gilets jaunes perdent et de l’argent et leur travail s’ils s’installent durablement sur les ronds-points parce qu’ils ont une profession modeste, voire un employeur qui n’hésiterait pas à les licencier si d’aventure ils ne venaient pas travailler. Pour les Gilets jaunes, c’est la double peine. Mais les néo-journalistes préfèrent titrer sur "le mouvement qui s’essouffle" dès le premier jour de la semaine.

 Ensuite, ils insistent sur les accidents causés par les Gilets jaunes. Là aussi, là encore, il s’agit de discréditer le mouvement. Il ne vient pas à l’idée de ces néo-journalistes que ce sont la plupart du temps non pas des accidents causés par les Gilets jaunes mais par ceux qui refusent les Gilets jaunes ! Car le filtrage, et non l’immobilisation, exige des gens un peu de leur temps et non, comme il fut dit, des nuits passées dans des véhicules. De sorte que ceux qui s’énervent parce qu’on les ralentit et le font savoir de façon agressive, parfois en fonçant dans la foule, font naître l’énervement des Gilets jaunes. Il y a toujours un internaute bien inspiré qui filme et met en ligne afin de faire savoir que tel incident dans tel endroit est représentatif de la totalité du mouvement de revendication. La création d’un hashtag pour mettre en ligne toutes ces scènes bout-à-bout fait les choux gras de cette télévision qui jouit de relayer les éléments de langage venus de l’Elysée et du ministère de l’Intérieur : ce mouvement est entièrement raciste, totalement antisémite et absolument homophobe !

  Par ailleurs, la valse des récupérations ayant commencé, il est de bon ton d’associer ce mouvement qui n’a pas de chef, pas de tête, donc pas de leader à acheter ou à qui proposer un poste dans une commission, une entrée au Conseil d’Etat ou un statut de chargé de mission très bien rémunéré, on souligne, surligne, puis souligne et surligne encore, que le mouvement procède de Marine Le Pen, donc, à l’aide de force joffrinades, du nationalisme, du vichysme, du pétainisme, du fascisme.

  C’est dans cet ordre d’idée que BHL commente le mouvement. Il tient les mêmes propos que Castaner. Dans une dégustation à l’aveugle, on pourrait douter de qui est qui ! A part dans les dictatures brunes ou rouges, c’est un cas rare de philosophe qui se fait le ventriloque d’un ministre de l’Intérieur –ou l’inverse.

  En clôture de la convention nationale du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), BHL a expliqué "qu’il s’est là incontestablement passé quelque chose". Nous étions le dimanche 18 novembre, la veille, il avait pourtant écrit dans un tweet : "Poujadisme des Gilets jaunes. Échec d’un mouvement qu’on nous annonçait massif. Irresponsabilité des chaînes d’info qui attisent et dramatisent. Soutien à Macron, à son combat contre les populismes et à la fiscalité écolo." (17 novembre 2018) Il est vrai que le lendemain, il écrivait aussi : "Il s’est passé quelque chose de très important. Parce qu’un mouvement est inorganisé, auto-organisé, sans chef, il serait sans lendemain, sans identité politique ? Je ne crois pas. S’est produit, hier, un événement politique majeur." Le 17, ce mouvement était un "échec" ; le lendemain, il est "majeur"… C’est sur cette ligne que BHL continue. Son discours mobilise la Critique de la raison dialectique de Jean-Paul Sartre et Mythologies de Roland Barthes, L’Iliade d’Homère et l’Ethique à Nicomaque d’Aristote, le Gorgias de Platon et la Septante, l’Ancien Testament et le Talmud, Les Passions de l’âme de René Descartes ("de mémoire l’article 202", dit-il car, bien évidemment, il en connaît les 212 articles par cœur…), l’Ethique de Baruch Spinoza et le Léviathan de Thomas Hobbes, Jean-Claude Milner et Drieu la Rochelle, pour accoucher d’une souris phénoménologique : les Gilets jaunes, ce sont les ligueurs fascistes de 1934… 

  Or ces Gilets jaunes sont juste des gens qui, quand les casseurs ne les infiltrent pas avec la bénédiction du pouvoir, sont juste des gens modestes qui font savoir qu’à l’approche de Noël ils vont avoir du mal à offrir des cadeaux à leurs enfants ou à leurs petits enfants. Sont-ce des fascistes qui veulent abolir la République ? Non. Ce ne sont rien d’autres que des citoyens qui veulent la restaurer depuis que l’Etat maastrichtien l’a abolie…

  On ne me fera pas croire que le pouvoir n’apporte pas son soutien aux casseurs. Car, la chose était visible sur toutes les télévisions qui retransmettaient l’événement en direct : ce pouvoir a laissé certains individus dépaver l’avenue des Champs-Elysées sans intervenir et ce, comme par hasard, devant les caméras de télévision ! Il me semble que, si l’on voit des gens desceller des pavés, ça n’est pas pour emporter un souvenir de Paris chez eux mais, comme la suite l’a montré, pour les envoyer sur la police. Le mieux, pour éviter qu’un pavé ne parvienne sur le visage d’un CRS, c’est de le laisser là où il est, à savoir dans la rue, et d’empêcher les dépaveurs de préparer leur forfait en présence des caméras de BFM ! Par ailleurs, on ne parviendra pas à me convaincre que les forces de l’ordre ne pouvaient pas encercler ces manifestants violents afin de les interpeller si l’ordre leur avait été donné. Ils ne l’ont pas fait, c’est donc que le pouvoir voulait que ceux-là dépavent et jettent ensuite leurs pavés sur les forces de l’ordre et sur les magasins. Le lendemain d’ailleurs, les chaînes que l’on sait faisaient des micros-trottoirs devant les boutiques de luxe dont les vitrines avaient été cassées –probablement au pavé…– pour ne sélectionner que des témoignages de déploration ! "C’est une honte !", "Quelle image donne-t-on à l’étranger ?", "Quelle misère de détruire ainsi des instruments de travail !", etc.

  Le pouvoir veut discréditer le mouvement, c’est entendu. Cachant mal leur joie, les journalistes n’ont cessé de poser la question : "Est-ce que le mouvement qui bénéficie d’un fort soutien dans la population conservera cette faveur après ce déchaînement de violence ?", comme il fut dit d’une chaîne l’autre. On voyait bien que les néo-journalistes se retenaient d’ajouter : "On espère bien qu’il va le perdre, ce soutien, d’ailleurs on fait tout pour ça, c’est notre boulot et on est payés pour ça…"

  Tous ceux qui veulent absolument fasciser le mouvement n’imaginent pas ce qu’est une vie modeste ou une vie de pauvre. Gérald Darmanin, par exemple, qui endosse la soutane de l’abbé Pierre pour mieux cacher sa peau de requin de la politique politicienne, feint de comprendre que la vie est dure pour les gens puisque la note moyenne d’un restaurant parisien est de 200 euros sans les vins –ça, ce sont les cantines du patron de Libé ou de BHL, sinon du journaliste Maurice Szafran [1], mieux connu pour ses notes de frais que pour son œuvre complète…

  Il y eut ensuite Nicolas Hulot effectuant "sa rentré politique" comme il fut dit –ce qui paraît bien étrange de la part de quelqu’un qui a fait savoir qu’il ne faisait pas de politique et qu’il continuerait à ne pas en faire ! Cet homme qui prophétise la fin de la planète à cause du moteur de voiture des pauvres possède neuf véhicules : six voitures, une moto, un bateau, un scooter. Détaillons : une grosse cylindrée BMW, une Volkswagen, un Peugeot Boxer, autrement dit un petit camion, un très polluant Land Rover, une vieille 2 CV qui pollue comme à l’époque et un autre véhicule non précisé. Son bateau est à moteur, sa moto BMW n’est pas à voile et son scooter, parce qu’il est électrique, fonctionne à l’énergie nucléaire –donc avec l’aide des centrales atomiques… Il comprend bien la misère des gens (ça, c’est pour rester dans le Top 10 des Français préférés, à choisir dans une liste de dix noms de Français préférés…), mais il comprend mieux encore la misère de la planète. Faut-il lui rappeler, à monsieur l’ex-ministre, qu’une infime partie seulement des taxes prélevées sur le plein d’essence des Français pauvres ira à la transition écologique ?

 Que deviendra le restant [2] ? Il servira à équilibrer le budget exigé par l’Etat maastrichtien. Après avoir fait des cadeaux aux riches et s’être ainsi privé des ressources de l’impôt sur la fortune, le président Macron doit bien prendre de l’argent quelque part, d’où le racket sur les pompes à essence : ce sont en effet les pauvres qui paient à la place des riches –on comprend que les riches et leurs amis éditorialistes et journalistes qui mangent dans les restaurants où l’on croise Gérald Darmanin aient intérêt à expliquer en long, en large et en travers que ces salauds de pauvres qui aimeraient pouvoir acheter des cadeaux à leurs enfants au prochain Noël sont assimilables aux ligueurs fascistes de 1934 !

 Cette semaine s’est donc terminée avec la manifestation des Champs-Elysées. On a vu combien le pouvoir et la presse, le pouvoir de la presse et la presse du pouvoir, ont passé leur temps à discréditer le mouvement. Il y eut un moment de vérité sidérant sur BFM, où un journaliste a clairement commenté les chiffres donnés par Castaner : "Ces chiffres sont ceux du ministère, a priori (sic) il n’y a aucune raison de les contester !" Il était 18h30, il fallait siffler la fin de la récréation : la journée fut donc bel et bien une affaire d’extrémistes de droite et de gauche. Comme les médias et les politiciens ont abondamment usé de l’élément de langage "extrême-droite" et qu’on ne sait plus comment nommer la véritable extrême-droite, on se met désormais à parler d’"ultra-droite" ! La journée avait donc été une journée parisienne de violence à cause de l’ultra-droite elle même pilotée par l’extrême droite. C’était donc encore un coup du maréchal Pétain –BHL nous avait prévenus…

  Pour ma part, je n’ai jamais eu confiance dans les chiffres donnés par le ministère de l’Intérieur ou par les organisateurs des manifestions. Castaner ose tout, c’est d’ailleurs à ça qu’on le reconnaît. S’il avait pu dire qu’il y avait eu cent-trente personnes dans toute la France, et ce sur vingt-sept ronds-points seulement, il l’aurait fait… Il y a mis les formes et donne un comptage à la dizaine près sans imaginer une seule seconde que pareil détail prouve que le chiffre est faux…"

Michel Onfray

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