Revue de presse - Peuple de France: Général Soubelet : «Ce laisser-faire qui désagrège la France»

vendredi 20 juillet 2018

Général Soubelet : «Ce laisser-faire qui désagrège la France»

Le Général Soubelet
Le Général Soubelet, vice-président d'Objectif France, dénonce la gestion des violences survenues après les célébrations liées à la victoire des Bleus et attire l'attention du grand public sur le peu de marge de manœuvre laissé aux forces de l'ordre, ce qui, selon lui, les maintient dans un attentisme néfaste.


Les graves troubles à l'ordre public survenus à Marseille, Lyon, Nantes, Grenoble, Rouen et Paris notamment ont terni la célébration du titre de champions du monde des footballeurs menés par Didier Deschamps.
Ils m'ont personnellement révolté car il n'existe plus dans notre pays aucun rassemblement festif ou symbolique qui ne soit l'occasion de violences et de pillages.

J'entends des commentaires selon lesquels cela a toujours existé, voire que c'est le prix à payer et que c'est du détail au regard de la joie de la victoire.

Ce sont des appréciations dangereuses car elles sont le témoignage d'une philosophie qui désagrège notre société. Celle du laisser-faire et d'une pseudo-tolérance, qui en réalité nous met dans le mur depuis cinquante ans.

C'est une indication très sérieuse de l'état de notre société et de l'incapacité de notre collectivité à l'autorégulation.

Elle est aggravée par la complaisance de certains médias qui minimisent le nombre de ces événements ou qui l'évoquent à la marge comme un fait divers.

Nous sommes toujours dans la politique du déni. Il est vrai qu'aujourd'hui ce dont on ne parle pas dans les médias est réputé ne pas exister.

Nous avons donc encore vécu un épisode qui devrait inciter les responsables politiques à réagir. Mais ils sont atones ou tétanisés. Au choix.

Pourquoi? Tout simplement parce que l'ampleur de la tâche les plonge dans l'indécision et l'attentisme, exactement comme leurs prédécesseurs.

Contrairement aux commentaires qui fleurissent sur les réseaux sociaux et que je ne partage pas, la solution de fond n'appartient pas aux forces de sécurité. J'admire leur patience et leur abnégation pour supporter cette violence et ne pas être en capacité d'assurer leurs missions avec la sérénité et le soutien du «système».

Les forces de sécurité agissent conformément aux lois et aux ordres de leurs chefs qui les reçoivent des politiques. Dans une démocratie, il ne peut pas en être autrement.

En revanche, au cours de rassemblements de personnes lorsque des délits sont commis: soit les forces de sécurité sont absentes car il est impossible de couvrir tout le terrain, soit elles sont présentes.

Dès lors, deux cas de figure. Elles agissent sur ordre, ce qui est le cas le plus fréquent notamment à Paris ou la préfecture de Police ne laisse aucune marge de manœuvre aux forces déployées sur le terrain.

Le deuxième cas de figure est celui de la réponse d'initiative du chef opérationnel devant lequel se produisent les débordements.

Dans ce cas malgré la validité juridique de la décision d'intervention (la commission d'un délit de destruction ou d'agression) le risque encouru par celui qui décide d'intervenir et ses subordonnés est important en fonction des conséquences, notamment des blessés éventuels parmi les fauteurs de troubles. Cela se termine en général par un désaveu de la hiérarchie et une mise en cause judiciaire.

Pour cette raison il est possible de voir des images de forces de l'ordre rester impassibles devant des exactions qui se déroulent devant elles.

C'est tout le dilemme de ceux qui sont chargés de faire respecter la loi et que le système met en position de ne pas pouvoir le faire. Ils le vivent très mal car ne pas être en capacité de faire son métier quand on est un vrai professionnel, et ne pas se sentir soutenu quand on le fait, contribue au malaise décrit dans le rapport récent des sénateurs Grosdidier et Boutant.

Se retrouver devant un tribunal pour se justifier d'avoir fait son travail et risquer d'être condamné pour avoir malmené une crapule n'est humainement pas supportable.

Mais soyons lucides. Les forces de sécurité ne sont pas la solution des difficultés de notre pays. Elles sont seulement un moyen, un instrument.

La réponse de fond à ce délitement social tient en deux mots: éducation et justice.

Il n'échappe à personne que l'éducation est le fondement du comportement individuel. Cela commence par la politesse et l'apprentissage de règles de base acquises dans le milieu familial. L'école ne compensera jamais les lacunes familiales. Elle n'est pas faite pour cela.

Lorsqu'un être doué de raison ne respecte pas les règles, pour peu qu'il les connaisse, il doit être mis en face de ses manquements. Lorsqu'ils sont bénins et sans conséquence, et également lorsque cela est plus grave.

Or la réponse de la société aux écarts des «citoyens égarés» n'est pas adaptée en raison de moyens insuffisants, de politiques pénales inexistantes et parfois de dogmatisme.

Tant que nous ne nous donnerons pas les moyens de sanctionner sous quelque forme que ce soit les fautes des transgresseurs nous ne pourrons pas vivre en harmonie.

Lorsque ce travail de fond aura été réalisé et que la cohérence de l'ensemble éducation-justice sera assurée la sécurité redeviendra une évidence et pourra être portée par des femmes et des hommes sereins qui ne se poseront plus de question sur le sens de leur engagement.

Ah! J'oubliais un mot, qu'on entend beaucoup bien qu'on l'ait vidé de son sens: Respect.

Respect de la règle, respect de la loi, respect de l'Autre.

C'est simple mais tellement exigeant et ce n'est pas exactement la voie que nous montre le pouvoir actuel.

Général Soubelet pour objectif-france.org

Texte également publié dans Figaro Vox.

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