Revue de presse - Peuple de France: Elargissement du regroupement familial : un risque d'«appel d'air»

jeudi 5 avril 2018

Elargissement du regroupement familial : un risque d'«appel d'air»

Son examen à peine commencé, la loi Asile et immigration portée par le ministre de l'Intérieur rencontre une opposition farouche, tant à droite qu'à gauche.

Présentée le 21 février dernier, la loi Asile et immigration passe sa première épreuve du feu à l'Assemblée nationale en commission des Lois.


Les députés ont ainsi voté le 4 avril en commission un article qui prévoit l'élargissement du regroupement familial aux mineurs isolés ayant été acceptés au titre de l'asile. Cette extension a déclenché l'ire de députés républicains (LR), qui ont vivement dénoncé «l'ouverture de nouvelles filières d'immigration».

L'article 3 du projet de loi prévoit ainsi que les mineurs bénéficiant du statut de réfugiés, qui jusqu'ici pouvaient faire venir leurs parents, pourront désormais faire venir leurs frères et soeurs. «Cette disposition vise à garantir que le droit à la réunification familiale ne s’exerce pas au détriment de l’unité des familles», argumentent les rédacteurs du texte de loi dans une formulation quelque peu intrigante.

Le texte de loi crée en outre un titre de séjour de quatre ans, au lieu d'un an, pour ces réfugiés dits «subsidiaires» (qui bénéficient de cette extension du statut de réfugié) et apatrides.

L'argument n'a cependant pas convaincu la droite, plusieurs députés LR montant au créneau. «Le gouvernement veut favoriser le regroupement familial. On va pousser des familles à envoyer des mineurs en tête de pont», s'est indigné Fabien Di Filippo. «C'est humainement scandaleux», a déploré le député de Moselle. «Vous ouvrez de nouvelles filières d'immigration. C'est un risque majeur [...] Votre naïveté va conduire à une augmentation des flux considérables», a regretté de son côté Eric Ciotti, questeur à l'Assemblée.

Pour Valérie Boyer (LR), l'extension du regroupement familial présente le risque très important d'«un appel d'air». «Je ne souhaite pas voir des mineurs mis dans les bateaux de réfugiés, je ne souhaite pas voir une sorte de trafic [fondé] sur l'âge puisque nous n'avons aucun moyen de mesurer cet âge», a-t-elle déploré. «Je suis consternée de voir que nous traitons le problème des mutilations génitales féminines sous l'angle de l'immigration», a-t-elle lancé. Et la députée de préciser : «Je rappelle les chiffres : 60 000 femmes excisées qui vivent sur le territoire français et 500 000 au sein de l'Union européenne et pour l'instant aucune mesure concrète pour ces femmes.»

La gauche, exception faite d'un Parti socialiste plutôt discret, n'est pas en reste, mais pour des raisons opposées. La députée de La France insoumise Danièle Obono a ainsi fait part le 3 avril de sa désapprobation. «Je n'irai pas par quatre chemins, nous jugeons ce projet de loi inutile, contre-productif et dangereux», a-t-elle déclaré, dénonçant la «suspicion généralisée sur les parents étrangers. «Désastreuse, cette politique continue au gré des articles le tri entre bons et mauvais migrants, [entre] exilés à garder et exilés à chasser», a encore martelé la députée.

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