Peuple de France: Prisons: Alors que le mouvement se durcit, le gouvernement fait toujours la sourde oreille

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mercredi 24 janvier 2018

Prisons: Alors que le mouvement se durcit, le gouvernement fait toujours la sourde oreille

Ce lundi, après des négociations infructueuses, le mouvement des surveillants a repris avec une nouvelle vigueur, d’autant que deux surveillants ont été à nouveau agressés, cette fois à Longuenesse (62) par un détenu armé d’un pied de table en fer.



Les deux syndicats qui avaient entamé des négociations avec le ministère – la CGT-Pénitentiaire et l’UFAP – ont rejeté le protocole d’accord, considéré comme insuffisant, et ont bloqué à nouveau ce matin nombre d’établissements pénitentiaires. En Bretagne, la quasi-totalité d’entre eux étaient au service minimum, voire complètement bloqués.


Daniel Joliet, délégué local de l’UFAP, nous expliquait ce matin pourquoi son syndicat reprenait le mouvement de protestation – en l’occurrence, les agents de la pénitentiaires n’ont pas le droit de faire grève, mais peuvent protester sur leurs horaires de repos ou embaucher en retard – ce qui a pour effet immédiat de ralentir ou de retarder les mouvements des détenus. « Le ministère propose un retour aux fouilles qui n’est pas suffisant : nous on veut des fouilles systématiques, eux ils veulent des fouilles ciblées ». Il propose aussi « l’embauche de 1100 agents sur quatre ans – cela ne couvre pas même les départs en retraite sur 2018 ».

D’autant que le métier n’attire plus, c’est le moins que l’on puisse dire : lors d’une session d’embauche jeudi dernier, le nombre de candidats ne correspondait qu’à 30% des postes proposés. « Les six premières années, on est à peine au SMIC, voire au-dessous », dénonce une surveillante, qui explique que le métier se complexifie : « on n’est pas seulement des porte-clés, on a des responsabilités spécifiques, mais la reconnaissance et le salaire ne suivent pas ».

« Je gagne 1050 € de salaire – c’est tout ce qui compte pour la retraite – et 400 € de prime de risque », nous explique un surveillant. « A ce prix là je me fais agresser régulièrement, j’ai un week-end sur sept et deux semaines de vacances avec mes enfants par an. Ils ne me voient pour ainsi dire jamais ». En fin de carrière, « on peut espérer 2000, avec 50 à 60h d’heures sup par mois, 80 si on fait des extractions judiciaires ». Les tarifs de nuit (17€) et jours fériés (26€) n’ont pas bougé depuis des années – les syndicats réclament une revalorisation de 30% – et des horaires à rallonge, de 6h à 19h puis de 19h à 7h, à suivre.

Une autre surveillante, mère de deux enfants, a réussi à « obtenir un poste en journée, 6 à 19h, avec des petites semaines, mercredi et jeudi, et des grandes, lundi, mardi, vendredi, samedi, dimanche – ça fait 60h par semaine au lieu de 35, bien souvent beaucoup plus car on est rappelé s’il manque des effectifs et ça arrive souvent ». Souvent, « je bosse le dimanche, mon mari aussi – il est surveillant, on s’est rencontré en prison, on est obligés de faire garder les enfants, le dimanche ça coûte une blinde, on n’est pas aidés, et 1400 € ça ne suffit pas pour subvenir aux besoins d’une famille ».


Service minimum et extraction musclée


Ce matin, les surveillants ont mis deux barricades, les pneus flambent à qui mieux mieux. D’autant que les arrêts maladie augmentent et que la grippe se fait fulgurante. « La prison est au service minimum : il n’y a pas de promenade, pas de sport, pas d’activités. Les détenus sont dans leurs cellules ». Ce qui ne les arrange guère : à Nantes en fin de journée, comme à Maubeuge et Sequedin la veille, des détenus ont fait un début de mutinerie et n’ont regagné leur cellule qu’après que les ERIS – le GIGN de la pénitentiaire – soit arrivé sur place.

Vers dix heures, la famille d’un détenu libérable se manifeste avec sa voiture, klaxonnant longuement puis faisant des drifts, jusqu’à ce que les surveillants la repoussent du parking. Les pneus brûlent de plus belle, et la sono joue « on s’en bat les c… » .

Vers 10h50, les CRS arrivent. De suite, un policier vient vers les agents – il est entendu qu’il n’y aura pas de violence. Mercredi dernier les images de CRS tabassant deux agents de la pénitentiaire à Fleury-Mérogis (10 jours d’ITT chacun) alors qu’ils levaient les bras, désarmés, ont choqué l’ensemble de l’administration pénitentiaire. Les CRS s’imposent peu à peu, doucement, tandis que les agents font la chaîne devant le grand portail, en chantant la Marseillaise après avoir passé à la sono « Dans les prisons de Nantes » (évidemment). Une bronca qui fait vivre les traditions.

Il ne s’agit pour les CRS que de prendre en charge – de faire l’extraction, dit-on dans le jargon – un détenu devant passer en cour d’assises. Après quoi, ils repartent et la manifestation continue. Dans l’après-midi, une rencontre a lieu à nouveau entre les syndicats et la Chancellerie. Elle n’aboutit pas. Emmanuel Guimaraes (SNP-FO) nous explique pourquoi : « Bercy a évalué nos demandes à 200 millions d’euros et la ministre dit qu’il n’y a pas d’argent ». Une paille au niveau de l’Etat – moins que ce que peut espérer Vinci sans avoir donné le premier coup de pelle pour Notre-Dame des Landes et même pas un tiers du dépassement de crédits en 2017 pour la « garantie de l’exercice du droit d’asile », le budget prévu – encore en 2018 – étant largement insuffisant.

Le mouvement est donc reconduit. « C’est un rapport de force. La ministre espère temporiser, nous on va aller jusqu’au bout ». D’autant que le mouvement a bien pris : 127 prisons mobilisées dont 52 où les surveillants ont « posé les clefs » et tout bloqué, selon le syndicat. Et les détenus eux-mêmes, privés de promenade et d’activité, lancent des débuts de mutinerie. « A force de nous prendre pour des jambons, nous on va tout bloquer et les prisons vont exploser », prophétise un surveillant rennais, « exaspéré car de toute façon c’est toujours les détenus qu’on écoute, nous on n’est là que pour prendre des baffes et la fermer. C’est fini, on en a marre ».

Louis-Benoît Greffe pour breizh-info.com

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