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mercredi 7 février 2018

LA DETTE, CETTE BOMBE A RETARDEMENT …

La course de vitesse est engagée. Si nous ne prenons pas nous-même des mesures vigoureuses pour réduire notre endettement, si nous ne faisons pas nous-même des choix difficiles, ce sont les marchés qui nous les imposeront.



Depuis 2008, en raison de la crise, les politiques économiques budgétaires et monétaires, menées dans les pays de l’OCDE ont ouvert largement les vannes de la facilité, notamment en inondant les marchés généreusement : emprunts et émissions de monnaie. Les gouvernements et les banques centrales ont privilégié le court terme sans mesurer sur le long terme les conséquences de leurs décisions. La récession est pourtant terminée depuis longtemps : la reprise économique est effective depuis 2010 aux Etats-Unis et depuis 2014 en Europe, et malgré tout, ces politiques se sont poursuivies. L’accumulation de dette publique se poursuit encore aujourd’hui aux Etats-Unis et en zone euro, hors Allemagne qui n’a plus de déficit depuis 2012, au Royaume-Uni, au Japon. La dette atteint 135% du PIB en Italie, 230% au Japon, 100% en France et en Espagne, 90% au Royaume-Uni, 110% aux Etats-Unis… Soit un doublement des taux d’endettement public en 15 ans ! Entre 2008 et aujourd’hui, la quantité de monnaie offerte par la banque centrale américaine est passée de 900 milliards à 4 400 milliards de dollars, et de 900 à 3 100 milliards d’euros dans la zone euro.

On aurait pu imaginer que l’amélioration de la conjoncture conduirait à l’amélioration de la situation des finances publiques : il n’en est rien. Si les déficits se redressent quelque peu, c’est parce que la croissance est plus forte, pas du tout parce que les politiques budgétaires sont devenues plus restrictives. Mais lorsqu’il y aura normalisation des taux d’intérêt à long terme, processus qui est entamé aux Etats-Unis et atteint maintenant l’Europe, les Etats, pour assurer leur solvabilité devront augmenter la pression fiscale et réduire les dépenses publiques qui peuvent être utiles à la croissance et n’auront pas le choix. C’est pourquoi les banques centrales craignent les effets de la contraction monétaire et de la hausse des taux d’intérêt sur la situation des emprunteurs et des investisseurs en obligations, et aussi sur les marchés d’action. Ils avancent donc la main tremblante, en sachant que prolonger cet excès de liquidité est très dangereux : il peut générer des bulles sur les prix des actifs, sur les actions des entreprises de l’internet , sur les cryptomonnaies, et déjà actuellement à nouveau sur les prix de l’immobilier, et déstabiliser les taux de change (ex : l’euro trop fort).

La France est particulièrement exposée en cas de nouvelle déflagration. Celle-ci parait encore improbable à court terme, mais le temps presse. Ce qui nous distingue de nos voisins c’est le poids de nos charges sociales. Si la protection sociale n’a pas de prix, elle a un coût, et ce coût reste supporté essentiellement par les employeurs. Il est donc coupable de ne pas engager, alors que la croissance est de retour, les efforts structurels pour réduire significativement la dépense publique et la dette qui asphyxient les capacités d’action du pays dont la capacité d’investissement est totalement saturée par la place démesurée des dépenses de fonctionnement et l’expansion des transferts sociaux incontrôlés.

Pendant 5 ans sous Hollande, on a laissé filer les dépenses malgré « l’alignement des planètes » (euro faible, faibles taux, énergie peu coûteuse), et le gouvernement actuel prolonge la même passivité alors que la croissance libère des marges. La France s'est habituée à l'ère de l'argent gratuit. Les marchés ont été d'une incroyable mansuétude et nous ont bercés d'illusions. Nous avons continué de vivre au-dessus de nos moyens et à nous droguer à la dette, sans que les investisseurs ne s'en émeuvent. Nous avons repoussé les vrais efforts de redressement des comptes publics, tant qu'ils continuaient à nous apporter les doses de morphine...

Or depuis le début de cette année, les taux se tendent partout. Celui de la dette française s’est hissé à 1% alors qu’il se situait autour de 0,60% au printemps 2017. C’est un mouvement a priori durable qui marque la fin d’un âge d’or pour les marchés obligataires et la banque centrale européenne commence à s’engager dans la même voie. Cette hausse peut être vécue dans un premier temps, comme un signe de bonne santé de l’économie, mais elle alimente la remontée du rendement des obligations souveraines, et en parallèle un mouvement de prises de bénéfices sur les marchés boursiers. Le spectre de l’éclatement de la bulle resurgit et pourrait concerner les actions et les obligations …

Si elle ne réagit pas rapidement, la France va se télescoper au mur de la dette. Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Le pays doit encore lever 180 milliards d'euros cette année - il reste l'un des plus gros emprunteurs mondiaux. La dette française est une bombe à retardement, surtout dans un environnement où les taux commencent à remonter. Il suffirait ainsi qu’ils augmentent de 1% (déjà + 0,40% en ce début d’année) pour que la dette nous coûte 2 milliards de plus chaque année. En 2023, dans à peine cinq ans, ce point supplémentaire représenterait une surcharge de 12,9 milliards d'euros dans le budget de l'Etat, l'équivalent de tout l'argent que nous consacrons aujourd'hui à la police et la gendarmerie nationale ! Et rien ne dit que la hausse ne serait que d’1 point. Voilà pourquoi reporter l’effort à la fin du quinquennat est irresponsable, d’autant plus que la conjoncture favorable offerte par une croissance inespérée risque de s’amoindrir. Nous sommes dans une reprise cyclique. En France nous l’avons découverte très tardivement. Elle ne fait que commencer chez nous alors que la zone euro en est à son 18ème trimestre consécutif de croissance. Le retournement est donc pour bientôt et il ne faut pas croire qu’il serait retardé chez nous.

Il manquait une pièce au puzzle : l’augmentation des salaires qui relancerait l’inflation. Le mouvement est enclenché aux Etats-Unis et a fait chuter Wall-Street, il ne tardera pas en Europe. Ce sera l’accélérateur de la remontée des taux.

La course de vitesse est engagée. Si nous ne prenons pas nous-même des mesures vigoureuses pour réduire notre endettement, si nous ne faisons pas nous-même des choix difficiles, ce sont les marchés qui nous les imposeront. L’euphorie économique actuelle est forcément grisante mais ne doit pas nous leurrer : nous avançons sur une corde raide et elle est peut-être le signe avant-coureur de la tempête qui se prépare. Rappelons-le une dernière fois : l’ampleur des deux déficits budgétaire et commercial, le niveau du chômage, l’endettement de l’Etat, des entreprises et des ménages nous rendent très vulnérables.

C’est là qu’on verra si Macron est à la hauteur, car les mots ne suffiront pas.

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